Roger Langevin


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Roger Langevin

Un artiste véritable, c’est pour moi celui qui crée un monde parallèle à la nature, qui peut, au départ, s’en inspirer, mais qui finit, à force de travail et d’inspiration, par la transcender.

Roger Langevin est de cette lignée. Depuis des décennies – en fait, depuis les années 60, où je l’ai eu comme élève aux Beaux-Arts – j’observe la démarche de ce sculpteur. Avec attention. Avec sympathie. Avec admiration.

Pour moi, Langevin, d’une certaine manière, est un cas exemplaire, riche d’évidence et de mystère, comme la vie. Une démarche marquée par des oeuvres importantes, que j’ai saluées au passage et dont on découvre, après coup, qu’elles ont été comme les actes fondateurs de l’identité de cet artiste profondément, définitivement expressionniste.

Nous avons assisté aux premières approches de Langevin, face à ce redoutable et merveilleux cosmos qu’est la Matière. Sous toutes ses formes, diverses dans leur texture, leur transparence, leur lumière, mais toutes semblablement douées d’une énergie minérale, végétale, charnelle.

L’argile d’abord, qui semble fasciner Langevin. Si fragile, si vivante, face au feu, à l’air, à l’eau, l’argile à jamais primordiale. « Le statuaire, a dit Alain, garde toujours quelque chose du potier ». Qu’on se souvienne, au-delà de ses innombrables sculptures-céramique, de la grande murale de l’hôpital de Mont-Laurier.

Puis le béton, avec ses possibilités nouvelles, qui va permettre à Langevin d’aller au bout de son impétuosité, de sa vigueur expressionniste, de son goût du monumental. On voit alors surgir ces oeuvres colossales qui, non seulement occupent un espace, mais dont la présence marque un lieu et le rend légendaire: je songe au Draveur de Mont-Laurier (1979) au groupe de la CSN à Montréal (1981).

Le bois aussi, soit à l’état nature, soit sous un revêtement polychrome, où l’on devine déjà (Joliette, 1975) ce raffinement des corps, fluides mais sans esthétisme, qui va se manifester dans les dernières ébauches que j’ai pu voir et qui, sans rupture ni transgression, parait renouer avec le grand classicisme, dans l’esprit de Praxitèle.

Enfin, le métal et sur-tout les bronzes, apparemment d’une grande liberté de forme et d’une belle gratuité d’exécution, ce sont des oeuvres réfléchies, minutieusement préparées. Des sculptures qui dureront.

Revoyant en pensée la démarche de Roger Langevin, je crois que ce sculpteur surmontant le réalisme de la nature, a à certains moments de grâce, dépassé la matière pour accéder au signe pur, au symbole, à l’âme.

Guy Boulizon

Montréal, le 29 septembre 1988